André Marie LEMA

Q1: A quoi renvoie alors le Secrétariat Exécutif (son rôle, ses missions….) ?

Le Secrétariat Exécutif du CICC qui auparavant s’appelait Secrétariat Permanent, est une unité de suivi régulier des activités de l’Interprofession. C’est sa cheville ouvrière, son bras actif. A sa tête, le Secrétaire Exécutif, dont la mission première est de préparer les textes constitutifs de l’association (statuts et règlement intérieur), tous les documents juridiques et de mettre en œuvre les activités retenues par le Conseil Exécutif pour adresser certaines problématiques spécifiques auxquelles la filière cacao-café du Cameroun fait face.

Avec la libéralisation, nombre d’activités ont été confiées à l’Interprofession par l’Etat, dont la gestion de la liquidation de la période transitoire (ex ONCPB). Le secrétaire Exécutif de l’époque, qui était également Secrétaire Exécutif du Groupement des Exportateurs – GEX, a pris part aux travaux qui devaient régir la libéralisation comme représentant du secteur privé dans le processus de libéralisation. L’Interprofession devait gérer tous les dossiers relatifs aux opérateurs, et agissait comme liquidateurs parce qu’il y avait des dettes à payer.

Maintenant au niveau de l’Etat, il fallait préparer tous les textes de lois, les décrets, qui devaient régir les nouvelles missions confiées à l’Interprofession. Comme activités, le CICC travaille avec divers ministères : avec le MINFI pour ce qui des aspects financiers, le MINCOMMERCE pour tout ce qui concerne la commercialisation, le MINADER pour tout ce qui concerne l’encadrement des producteurs. Sur le plan interne, il fallait mettre en place les différents collèges, et au niveau du Secrétariat Exécutif, être en mesure de mener toutes les actions relatives à la rédaction des correspondances, en rapport avec chaque collège. Les exportateurs, et les acheteurs/usiniers étant moins nombreux, leurs collèges ont été constitués sans grande difficulté. Au niveau du collège des producteurs, la loi de 1992 étaint encore en vigueur, il y avait des grandes unions de coopératives au sud, à l’est, etc. Donc, désigner les 24 délégués de producteurs à l’assemblée Générale n’a pas posé beaucoup de problème. Un bulletin d’information du cacao et du café était édité par l’Interprofession, de même qu’il fallait préparer les réunions de l’Assemblée Générale, les réunions de bilan de campagne, animer tout ce qui était relatif à la mise en place du CICC.

 

Q2 : Comment s’organise le Secrétariat Exécutif (organigramme, le personnel : profil, effectif, évolution de l’effectif … ?

N’ayant pas les données chiffrées de l’évolution de l’effectif, avec la création du CICC, un Secrétaire Exécutif a été désigné : ce devait être un cadre ayant une bonne connaissance des filières cacao et café, un corporatiste sachant conquérir des pans de pouvoir pour le secteur privé, maîtrisant tout le processus de la production à l’exportation, pour pouvoir répondre à toute forme de sollicitation liée à la mise en place du CICC. Un homme-orchestre.

Dans les anciens locaux situés à Akwa, le Secrétariat Exécutif avait un chauffeur, un agent de liaison, une secrétaire, et un gardien. Dès le début, les partenaires au développement ont attaché du prix à mise en place du CICC. Ils ont entre autres souhaité que le CICC participe pleinement à la gestion de la filière. A tous les niveaux, le CICC a bénéficié de l’assistance technique de la coopération française et l’Union européenne.

Moi j’arrive en 1998, quand se pose le besoin de recruter deux cadres : l’un pour s’occuper de la commercialisation, et l’autre des finances. Mais au regard des moyens modiques du CICC, j’ai été retenu seul, comme chargé de mission. Les activités commençant à peser, la prochaine vague après appel à candidature a été celle de MM. Eyada, et Mbo’o. Puis, il y a eu le recrutement d’une trentaine de cadres et agents de maîtrise, dont l’actuel secrétaire exécutif a du CICC. Nous avons désormais un responsable des affaires administratives et financières pouvant gérer par exemple le problème de fonds de garantie, un gestionnaire du site web, etc.

 

Q3 : Qu’est ce qui selon vous est source de motivation pour le personnel ?

Je crois qu’un personnel ne peut être vraiment engagé, motivé, que si le top management les y emmène. Lorsqu’il prend en compte ses observations, c’est gratifiant. La prise en considération de l’homme est source de motivation. L’environnement du travail et le niveau salarial intéressant sont également sources de motivation.

 

“La prise en compte du vieillissement de la population agricole, et le renouvellement verger cacao. Jusqu’à New Generation, de manière concrète, il n’y avait pas eu d’actions pour résoudre ce problème.”

 

Q4 : Qu’est ce qui est à mettre à l’actif des programmes structurants?

La prise en compte du vieillissement de la population agricole, et le renouvellement verger cacao. Jusqu’à New Generation, de manière concrète, il n’y avait pas eu d’actions pour résoudre ce problème. Le CICC peut être fier du Programme New Generation, mis en place à cet effet. Le cacao n’ayant pas les mêmes problèmes que le café, le Programme PURC CAFE a également été mis sur pied, pour résoudre le problème de stagnation de la production, dans un environnement caractérisé par l’indisponibilité du matériel végétal.

Le programme de Bonnes Pratiques agricoles est quelque peu lesté par le mélange de grades de fèves et l’indifférenciation des prix. Des actions qui découragent les producteurs engagés dans les bonnes pratiques, et dilue les efforts du CICC pour un cacao de qualité.

Les ‘festis’ quant à eux ne sont que des activités promotionnelles des produits.

 

“Le CICC est aujourd’hui reconnu comme un acteur à part entière dans les filières cacao et café, mais au prix de nombreuses années de batailles acharnées.”

 

Q5 : Quelle est la place qu’occupe l’Interprofession aujourd’hui dans les filières cacao et café (son statut juridique, son rôle, son impact) ?

Le CICC est aujourd’hui reconnu comme un acteur à part entière dans les filières cacao et café, mais au prix de nombreuses années de batailles acharnées. Et cette bataille continue, parce que les fonctionnaires ne sont pas prêts à lâcher du lest. Le CICC se positionne aujourd’hui comme l’Interprofession unique des filières cacao et café, tel que mentionné dans les articles 17 et 18 de la loi, car rappelons-le, à l’époque, l’hypothèse de plusieurs interprofessions dans les filières avait été envisagée.

L’autre dimension du positionnement du CICC dans son secteur, c’est la reconnaissance de son rôle dans le développement de la filière nationale et au-delà, à plusieurs niveaux : primature, différents ministères, auprès des bailleurs de fonds comme l’union européenne.

Le Ministre du Commerce s’implique autant que nécessaire, pour faire valoir le CICC au sein des filières. Désormais, pour toute question relative au cacao et au café, le CICC émet un avis qui est pris en compte. Ce qui n’était pas le cas auparavant, malgré les textes et la réglementation en vigueur. A l’international également, le CICC est considéré comme l’acteur capital de développement des filières.

 

Q6 : Que peut- on retenir en un mot ou une phrase des 25 ans du CICC ?

Beaucoup a été fait, mais beaucoup reste à faire. Pour se développer, l’un des gros challenges du CICC reste l’organisation des producteurs. Tant qu’on n’aura pas réussi à mettre en place comme le GEX une organisation des producteurs véritablement représentatifs on ne parviendra pas à nos fins. C’est notre talon d’Achille. Quand je prends le volet commercialisation, le CICC est l’interprofession des filières cacao-café. Or, combien y a t-il de de producteurs de cacao au CICC ? Personne ne saurait y répondre avec exactitude. Pourtant, en tant qu’association, le CICC devrait connaître le nombre de ses membres. Les données recueillies au niveau du planteur ne sont pas toujours fiables : si on lui demande par exemple quelle est la superficie de son verger, il dira 5 hectares par exemple, alors qu’effectivement, il n’en a que 2.

A cela s’ajoute l’urgence du soutien financier aux producteurs. Notamment via le programme d’accès aux financements des opérateurs : AFIN. Si le planteur aujourd’hui ne peut recevoir de préfinancements de campagne, on continuera à avoir des problèmes d’organisation, de structuration, de mélanges de grades, les statistiques de commercialisation, …, c’est pourquoi je dis qu’il reste beaucoup à faire.