Apollinaire NGWE

Q1: Pouvez-vous nous rappeler les circonstances de la création du CICC?

Elles ont été commandées par la dissolution de l’Office National de la Commercialisation de Produits de Base – ONCPB. Quand cet organisme qui gérait toutes les filières cacao, café et autres a été dissous, le Chef de l’Etat a jugé indispensable pour ne pas laisser à l’abandon les opérateurs, de créer un organisme interprofessionnel chargé de les entretenir qui est l’Interprofession. Entre autres missions, l’Interprofession doit représenter, informer, former, et renforcer les capacités des opérateurs de l’ensemble de la chaine de valeur. C’est dans cette optique que l’ordonnance de 1991 le créant le CICC été pris. Au départ il y avait tous les acteurs, voire les banques commerciales qui finançaient les filières. Petit à petit les banques se sont désintéressées.

 

Q2: Quel rôle est dévolu au Minader après la libéralisation?

De manière prosaïque, le Minader a continué de jouer son rôle de fourniture d’engrais, des plants, des calendriers agricoles, … à l’endroit du producteur. Mais les nouveaux segments de l’Interprofession échappent à sa zone de compétence, notamment celui des exportateurs, des acheteurs indépendants, des usiniers et des industries de transformation.

 

Q3: Quelles sont les difficultés rencontrées lors de sa création?

A ce sujet, il faut rendre hommage à M.Tsimi Enouga, le 1er Secrétaire Exécutif du CICC. Il a fait de son mieux pour convaincre les producteurs de l’intérêt de se regrouper, et pour trouver les voies et moyens permettant de répondre à leurs problèmes, dans le contexte de l’époque. Il a abattu un véritable travail de bâtisseur. A l’époque, le CICC n’avait pas l’ampleur d’aujourd’hui : les collèges se sont constitués progressivement, au fil du temps. M.Tsimi Enouga a travaillé en fonction des moyens dont disposait le CICC avait à l’époque, à savoir 1,5 Fcfa prélevé par kilogramme de cacao ou de café exporté. Pour convaincre les opérateurs de se regrouper par collège professionnels (producteurs, usiniers et acheteur-conditionneurs, transformateurs et exportateurs), il organisait des réunions, des conférences, des séminaires, des échanges et même du porte-à-porte dans les bassins de production d’une année à l’autre.

 

Q4: Quelle était l’organisation de départ (membres, organes statutaires, plans d’actions …)?

Dans l’ensemble, l’organisation interne du CICC est restée celle que nous connaissons aujourd’hui. Il était constitué en collège de producteurs, d’exportateurs, usiniers, industries de transformation. Normalement, les banques commerciales et les transitaires devaient compléter cette liste. Ces deux derniers groupes n’ont pas trouvé leur compte pour des raisons qu’eux seuls sauraient expliquer, et ont quitté le CICC. Aujourd’hui, la structure est identique a celle formé par le passé. Lorsque j’ai accédé au poste de Président, le CICC avait comme revenu, les 1,5FCFA/Kg, nous sommes de nos jours à 11fcfa/kg : c’est dire si le CICC a évolué. A son actif neuf programmes structurants (Appui à l’organisation de la commercialisation (AOC), New Generation, Observatoire des changements climatiques dans les bassins de production (OC4), Transformation locale (Transfol), Accès des opérateurs aux financements (Afin), Promotion (Festicoffee & Festicacao, Journées Mensuelles de Promotion du Café), Promotion des bonnes pratiques agricoles (BP), Certification du cacao et du café (Certif) et Programme d’Urgence Ciblée pour la Relance de la Caféiculture (PURC Café), qui n’existaient pas auparavant comme, , etc… en tant qu’Interprofession, nous faisons avec les moyens actuels de développer à notre niveau, notre champ d’intervention.

 

“En termes de prospective pour le CICC, je crois que les 25 prochaines années nous permettront d’asseoir les acquis actuels. En tant qu’Interprofession, il faut se garder de toute idée de grandeur non contrôlée.”

 

Q5: Comment envisagez-vous le CICC pour les 25 années à venir ?

En termes de prospective pour le CICC, je crois que les 25 prochaines années nous permettront d’asseoir les acquis actuels. En tant qu’Interprofession, il faut se garder de toute idée de grandeur non contrôlée. Nous ne pouvons pas nous substituer au Minader, au Mincommerce, ou même le Minepat. Nous restons une interprofession, je pense qu’il faut développer, donner plus d’assurance, de sécurité et de maîtrise à ce que nous faisons. Nous devons nous-même nous arrimer au développement des filières cacao et café.

 

Q6: A titre personnel quel était votre vision en tant que membre, et aujourd’hui comme président du CICC

Lorsque j’étais membre, je n’appréhendais pas très bien le rôle du CICC. Mais j’estimais quand même que cette organisation était nécessaire. Toute société qui souhaite se développer, mieux travailler, doit développer en son sein, une solidarité indispensable, surtout dans une structure où les acteurs exercent des métiers concurrents, voire totalement différents, mais qui en définitive se complètent.

Aujourd’hui, les opérateurs comprennent cette interaction : avant, lorsqu’un exportateur menait son activité, il ne prenait pas en considération les autres segments. Or sa réussite est étroitement liée à une meilleure structuration et au développement des autres collèges, que sont les producteurs, les industries de transformations, et les acheteurs indépendants/usiniers. De nos jours, c’est un message qui est compris et accepté de tous.

En tant que Président, le devoir m’appelle à asseoir davantage le rôle du CICC, à être imaginatif, prospectif, pour que nous puissions mettre l’Interprofession à l’abri des contrecoups du marché international du cacao et café. Il y a seulement 10 ans en arrière, on ne parlait pas de la durabilité, de la traçabilité, ni de la certification. Cela dit, lorsqu’on est sur un terrain mouvant, il faut en permanence s’ajuster, et toujours être prêt à éviter tout obstacle qui nous ferait trébucher. J’attire aussi l’attention sur le fait que le CICC ne doit pas trop s’embrigader. Parce que nous ne sommes pas une structure ministérielle, nous sommes une interprofession. Nous devons être concentrés sur nos attributions. Vouloir tout embrasser serait une grande erreur.

 

“La Côte d’Ivoire, 1er producteur de cacao dans le monde, effectuera une visite au Cameroun sur instigation de la Banque Mondiale pour prendre exemple sur le modèle d’Interprofession camerounais des filières cacao et café”

 

Q7: Quel est l’anecdote qui vous aura marqué en 25 ans

En 25 ans, c’est de voir que finalement, une interprofession peut être le moteur de sa propre activité, en ce sens que nous jouons le rôle d’animateur, dans toutes instances, qu’elles soient administratives, nationales ou internationales. Nos avis sont pris en compte et à ce sujet, nous sommes interpellés à être davantage très sérieux et responsable parce que nous sommes désormais des modèles.

La Côte d’Ivoire, 1er producteur de cacao dans le monde, effectuera une visite au Cameroun sur instigation de la Banque Mondiale pour prendre exemple sur le modèle d’Interprofession camerounais des filières cacao et café, afin de mettre sur pied structurer la leur. C’est la preuve que notre interprofession ne sert pas de motif décoratif : elle impulse, attire et oriente l’attention du Gouvernement et des autres acteurs sur les différents problèmes auxquels peuvent faire face les filières cacao et café.