Yves Abissi

Q1: A quoi renvoie le secrétariat exécutif (son rôle, ses missions….) ?

C’est la cheville ouvrière qui met en œuvre les décisions prises par le Conseil Exécutif du CICC, lequel tient lieu de Conseil d’Administration. Ce dernier fixe le cap, prend des orientations, naturellement dans le cadre des missions assignées au CICC par le Décret. Et la mise en œuvre de ces orientations, c’est le travail auquel doit s’atteler le Secrétariat Exécutif.

Dans les textes qui créent le CICC, il est clairement stipulé que le CICC est une entité de liaison, de représentation…Alors, dès qu’il s’agit d’unir les opérateurs de la filière, de les mettre ensemble, de les structurer, c’est le travail du CICC. Et cela se décline en activité générique, puisqu’on passe de mission statutaire vers une vision de l’activité de l’Interprofession. Et une fois qu’une orientation est décidée au niveau du Conseil Exécutif, le Secrétariat Exécutif se charge de sa mise en œuvre. La déclinaison des missions assignées au CICC par le décret qui le crée a donné lieu à la création de neuf programmes structurants, autant de réponses spécifiques aux défis qui se posent à l’Interprofession aujourd’hui.

 

Q2 : Comment s’organise-t-il (organigramme, le personnel : profil, effectif, évolution de l’effectif … ?

L’effectif est fonction des activités. Tel que je l’ai connu à mon arrivée en 2008 dans le cadre du Programme d’Appui au CICC sur financement de l’Union européenne, c’est-à-dire bien avant le déploiement des programmes structurants, il consistait essentiellement en la mobilisation des acteurs dans les 4 collèges qui composent l’Interprofession. A ce moment-là il n’y avait pas de besoin spécifique d’avoir de profils pointus, exceptés quelques ressources à l’époque, ni de personnels en volume. En dehors de Secrétaire Exécutif, il y avait une secrétaire qui collectait les données et les archivait, un régisseur de projet et un régisseur-comptable, un cadre comptable, des agents de maîtrise, des chauffeurs, … Au total, une dizaine de personnes.

A la fin du PACICC en 2011, il y a eu des recrutements, et nous sommes passés à une quarantaine de personnes aujourd’hui, aux profils différents, et repartis judicieusement par départements, travaillant au CICC.

Parce qu’en 2011 le CICC semble assez bien structuré, avec un bon vivrier d’opérateurs, s’est amorcé la seconde phase de sa croissance : la résolution des défis pressants de la filière. Défis aussitôt déclinés en programmes structurants, qui s’alignent évidemment sur les missions du CICC.

A la tête du secrétariat exécutif, se trouve un Secrétaire Exécutif qui coiffe 3 départements. Un Département administratif et financier, un département de Développement, auquel la cellule de communication appartient, et un département des Opérations (département technique). En-dessous, il y a des sous-directeurs, et selon la nomenclature, des chefs de services, des chefs de bureau, … Ce qui n’était pas le cas auparavant.

 

Q3 : Qu’est ce qui selon vous est source de motivation pour le personnel ?

La conviction que les activités conduites par le CICC répondent effectivement à un besoin réel. Ce que nous faisons au quotidien, nous en avons conscience, ne couvre pas tous les besoins. Cette conscience que l’effort fourni ne satisfait pas tout le besoin, est une source de motivation.

De plus, y compris parmi les opérateurs affiliés au CICC, la question de la légitimité, la raison d’être même du CICC se posait. Le montage des programmes structurants et leur conduite opérationnelle sur le terrain au fil des années a participé en la crédibilisation du CICC vis-à-vis des regards tiers, mais aussi et surtout vis-à-vis des opérateurs mêmes qui le compose.

Enfin la notoriété et l’image : en plus de donner un contenu l’Interprofession est inscrite dans une dynamique d’amélioration continue. Elle définit un programme d’activités, le repartit sur un échéancier annuel, l’implémente, évalue son action et l’améliore. Ce qui lui donne beaucoup de crédit au fil du temps. Bien conduire une activité, pour le personnel du CICC, participe au développement des opérateurs de la filière.

 

“Chacun des programmes structurants du CICC répond à une problématique spécifique de la filière.”

 

Q4 : Qu’est ce qui est à mettre à l’actif des Programmes Structurants ?

Déjà d’exister. Parce que chacun des programmes structurants du CICC répond à une problématique spécifique de la filière. C’est transposable à d’autres filières et pays, moyennant adaptation. Mais c’est taillé sur mesure pour a des adresser des problèmes de fond des opérateurs de la filière.

Le 2ème bon point c’est les approches stratégiques de leur mise en œuvre. En ne prenant que le cas de New Generation, l’approche adoptée fait que les déperditions sont marginales. Assez souvent, les projets qui rassemblent les jeunes, ne s’assurent pas de leur stabilité encore moins de leur fiabilité, leur donnent des financements, pour des résultats discutables. L’originalité de New Generation, c’est de demander à des jeunes d’acquérir leur propre terre, en fournissant la preuve de leur propriété sur ces lopins de terre. Parce qu’on ne peut être propriétaire d’un bout de terrain, s’engager à le valoriser, travailler avec ses pairs pour se soutenir mutuellement, et trahir à son devoir. Cela peut arriver, mais les hypothèses sont réduites.

La mise en œuvre par pallier de ces programmes est aussi un bon point : nous avons 9 programmes structurants, et comme le dit l’adage, qui trop embrasse mal étreint. Les besoins les plus urgents des opérateurs font l’objet de nos actions prioritaires. Les programmes structurants prioritaires font l’objet d’une phase de tests, et quand la phase pilote est concluante, l’expérience est étendue à tous les bassins.

 

“Hier on leur expliquait le bien fondé de se mettre ensemble pour travailler. Aujourd’hui, les opérateurs semblent avoir compris que c’est à eux que la filière appartient, qu’ils en sont le porte-étendard”

 

Q5: En tant que responsable de la Cellule de Promotion et de la Communication au CICC pouvez-vous nous dire l’impact de toutes les sorties médiatiques du CICC au sein des filières cacao et café ?

En réalité si en amont on n’a pas clairement défini les objectifs précis à atteindre, c’est difficile de dire si la communication auprès des cibles a marché selon des indicateurs définis à postériori. Cela dit, il est constant que pour plus d’un camerounais aujourd’hui, quand on dit CICC, cela représente quelque chose. New Generation et les activités promotionnelles du CICC que sont le Festicacao, le Festicoffee et les Journées Mensuelles de Promotion du Café, ont constitué de formidables vitrines de positionnement pour le CICC.

Au départ quand on disait cacao-café, les gens voyaient surtout les planteurs. Organiser des évènements d’envergure internationale, y convier des délégations étrangères, mettre en synergie tous les collèges professionnels de la filière, …, ont donné une nouvelle perception de ce qu’est la filière cacao- café.

A cet effet, il convient de remarquer le saut qualitatif réalisé par les artisans transformateurs de cacao, et autres torréfacteurs, ayant participé aux différents Festis. Confrontés au niveau d’exigence du marché, ils ont eu un électrochoc positif, et l’effort de professionnalisation des producteurs en l’occurrence, ainsi que l’innovation constante des transformateurs, fait que la filière aujourd’hui commence à mieux s’organiser.

Hier on leur expliquait le bien fondé de se mettre ensemble pour travailler. Aujourd’hui, les opérateurs semblent avoir compris que c’est à eux que la filière appartient, qu’ils en sont le porte-étendard. La communication y a participé, et cela a réellement mis le CICC en vitrine. A l’international aussi, si on ne prend que le cas de New Generation, où il y a une dimension diaspora.

Là aussi la communication persuasive a marché. D’autant plus que le personnel du CICC s’est déplacé en Italie pour expliquer à la diaspora qui s’y trouve, qu’il était possible entre autre débouchés, après leur formation, de s’investir dans la culture du cacao. Vu l’engouement manifeste de la diaspora, on peut dire que la communication impacte les cibles, même si cet impact n’est pas quantifiable.

 

“L’Interprofession sera toujours en première ligne pour défendre ses membres.”

 

Q6 : Quelle est la place qu’occupe l’Interprofession aujourd’hui dans les filières cacao et café (son statut juridique, son rôle, son impact) ?

Peut -être convient-il de placer le rôle de l’Interprofession un peu plus loin qu’en concurrence avec les autres organes de la filière : l’Interprofession ne sera satisfaite que le jour plus aucun opérateur n’aura de problèmes. En clair, pour autant que les producteurs, les exportateurs, les transformateurs et autres ont des préoccupations, l’Interprofession montera au créneau pour défendre leurs intérêts, et renforcer leur capacité, afin qu’ils s’épanouissent. Que le transformateur ait des débouchés pour ses produits, que les exportateurs ne subissent pas les à-coups du marché international, les charges fiscales et parafiscales, que l’Origine Cameroun ne soit pas victimes de décote, ou des négociants véreux, …, sont autant de préoccupations constantes du CICC. L’Interprofession sera toujours en première ligne pour défendre ses membres. En observant le profil qu’elle avait hier, et l’aura qu’elle a aujourd’hui, on peut dire qu’effectivement, elle a acquis du crédit, même auprès des autres organes de la filière.

 

Q7 : 25 années sont passés. Peut-on avoir un qualificatif de ces 25 ans du CICC, et d’aujourd’hui ?

Cela me ramène à sa devise. Hier, c’était rassembler, aujourd’hui c’est agir. Hier, il fallait rassembler les opérateurs, leur montrer le bien-fondé de travailler en synergie, même avec des intérêts divergents. Aujourd’hui cette étape est passée. On est rentré dans l’action. La principale interrogation est : comment adresser les défis qui se posent à l’Interprofession, qu’il s’agisse des segments production, transformation, exportation, ou simplement de la composante image. Lorsqu’on parle de communication, il y a une dimension notoriété. On doit se faire une idée positive de l’interprofession.