La chronique des

MATIERES PREMIERES

De benedicte châtel

Chroniques des matières premières du 20 janvier 2022

CACAO

Le prix du cacao a glissé à Londres mais s’est maintenu à New York durant la période sous revue. Partie de £ 1 773 (≃ 1 388 259 Fcfa) en fin de semaine dernière, la tonne de fèves à Londres a terminé hier soir à £ 1 758 (≃1 376 514 Fcfa) suite, selon les traders, à la réapparition sur le marché cette semaine de la Côte d‘Ivoire ce qui a provoqué des mouvements de couverture. En revanche, le cacao a clôturé à New York hier soir à $ 2 660 (≃1 537 480 Fcfa) parti de $ 2 659 (≃1 536 902 Fcfa) vendredi dernier.

Côté production, il fait très chaud dans les régions cacaoyères de Côte d’Ivoire et du Ghana mais aussi dans l’ensemble des régions africaines de cacaoculture, à des niveaux de température bien au-dessus des moyennes des précédentes années, selon Climate42. Mais, pas de panique, Climate42 persiste et signe : les conditions en février seront normales et d’ailleurs plus humides que d’habitude en Côte d’Ivoire, au Ghana ainsi que dans sud-ouest du Nigeria.

En Côte d’Ivoire où la production baisserait d’environ 10% sur 2021/22, selon le patron du Conseil du café cacao (CCC), Yves Brahima Kone. Il estime à 1,55 million de sacs de 60 kg (Ms) la récolte durant la campagne principale qui court d’octobre à mars contre 1,75 Ms en 2020/21 (lire La Côte d’Ivoire maintient sa prévision de baisse de 10% de sa production de cacao).

Quant aux arrivages aux ports d’Abidjan et de San Pedro, ils totaliseraient 1,1789 Mt entre le 1er octobre et le 16 janvier, selon les exportateurs, en baisse de 4% sur la même période la campagne dernière.

Côté demande mondiale, hier, l’annonce de la National Confectioners Association (NCA) aux Etats-Unis a créé la surprise. Par rapport à fin 2020, les broyages de fèves de cacao en Amérique du Nord (Etats-Unis, Canada, Mexique) ont chuté, se situant à -1,2% à 116 613 tonnes (t) au dernier trimestre 2021 alors que courtiers et analystes s’attendaient à une hausse d’au moins 3% à 4. Ceci dit, selon nos calculs, les broyages nord-américains sur l’ensemble de l’année calendaire 2021 totaliseraient 481 688 t, en hausse de 4,11% sur 2020. Les volumes broyés reviennent à leur niveau de 2019 -d’avant la Covid- et les dépassent même légèrement de 0,47%.

Mercredi, c’était l’Association européenne pour le cacao (ECA de son sigle anglais) qui faisait état d’un bond de 6,3% sur ce dernier trimestre 2021, à 365 826 tonnes (t). Sur l’ensemble de l’année calendaire, les broyages européens ont totalisé 1 456 306 t, soit une progression de 6,07% par rapport à 2020. La hausse au 4ème trimestre 2021 atteint 8,3% à 101 149 t pour la seule Allemagne. Rappelons que l’Asie avait publié vendredi dernier ses performances en progression de 6,33%, à 231 309 tonnes (t) fin 2021. Côté industrie, le chocolatier suisse Lindt & Sprüngli a déclaré mardi prévoir une hausse de consommation de chocolat moindre en 2022 par rapport à 2021, de l’ordre de 5% à 7% contre une croissance à double chiffre l’année dernière. En cause, les goulets d’étranglement dans la chaîne d’approvisionnement en Amérique du. Lindt devrait annoncer le 8 mars ses résultats mais a déjà indiqué avoir enregistré une croissance à double chiffre en Europe et dans son segment de ventes digitales alors que l’Amérique du Nord a ralenti à 10,7% de croissance sur l’ensemble de l’année 2021 contre +18,8% sur le seul premier semestre 2021. Le ralentissement dans les six derniers mois de l’année est patent. Sur 2022, Lindt s’attend à une croissance de ses ventes de 5% à 7%. Il s’attend à pouvoir annoncer le 8 mars, lorsqu’il dévoilera l’ensemble de ses résultats sur son exercice écoulé, une marge opérationnelle d’environ 14% en 2021 et qui devrait grimper à 15% en 2022.

CAFE

C’est du sur place que le cours du café Robusta a fait durant la période sous revue, la tonne terminant hier soir à Londres à $ 2 227 (≃1 287 206 Fcfa) contre $ 2 228 (≃1 287 784 Fcfa) en fin de semaine dernière. En revanche, l’Arabica a bien grimpé, clôturant à New York à $ 2,4365 (≃1 408 ,297Fcfa) la livre (lb) contre $ 2,3965 (≃1385,177 Fcfa) vendredi dernier.

En effet, les stocks dans les pays consommateurs continuent de baisser alors que les perspectives de production ne sont pas très bonnes. Les volumes de café vert entreposés dans les ports nord-américains ont chuté à 10 029 sacs de 60 kg à fin décembre, son plus faible niveau depuis juin.

Au Brésil, on reprend sa respiration. La disponibilité en conteneurs s’est améliorée, permettant aux flux de café de reprendre plus normalement. En outre, dans les zones de production, les conditions météorologiques demeurent favorables. Selon l’agence étatique Conab, la récolte brésilienne serait de 55,74 millions de sacs de 60 kg (Ms), certes 16,8% de plus qu’en 2021 mais loin derrière du record de 63 Ms en 2020. Ces 55,74 Ms estimés sont en-deçà des attentes du marché de façon générale, 2022 étant théoriquement l’année haute du cycle biennal caféier du Brésil : Rabobank estime que la production sera de 63,5 Ms et HedgePoint Global Markets de 65,8 Ms. C’est le grand écart….

De ce total de 55,74 Ms, Conab prévoit une production d’Arabica de 38,78 Ms, soit 23% de plus qu’en 2021, et de 16,9 Ms en Robusta, en hausse de 4%. Selon HedgePoint, si les prévisions de Conab se révèlent correctes, le marché mondial de l’Arabica connaîtrait un déficit de 1 Ms à 3 Ms. Au niveau de l’offre globale de café, en ajoutant les Arabica et Robusta, la situation serait à l’équilibre ou légèrement déficitaire, ce qui serait une deuxième année déficitaire d’affilée ce qui ne s’est plus vu depuis plusieurs années maintenant. Conab souligne aussi que les stocks mondiaux de café sur 2021/22 baisseront.

Pour revenir à la situation au Brésil, le consultant spécialisé Safras & Mercado estime que les caféiculteurs auraient vendu 32% de leur récolte 2022 au 14 janvier soit nettement plus que les 19% enregistrés à la même période l’année dernière.

Quant à la Colombie, sa production aura chuté de 9% en 2021, à 12,6 Ms d’Arabica lavé contre 13,9 Ms en 2020, selon la Fédération nationale du café. Une baisse liée aux mouvements sociaux qui ont secoué la filière au premier semestre de l’année calendaire ainsi qu’aux conditions météorologiques peu favorables dans plusieurs zones de production du pays. Notons que la production sur le seul mois de décembre 2021 a chuté de 21% à 1,39 Ms. Ceci

dit, le pays est parvenu à maintenir ses exportations sur l’année calendaire 2021, à 12,5 Ms contre 12,6 Ms en 2020. Là encore, décembre a été désastreux avec une chute de 10% des ventes à l’international, à 1,18 Ms.

Sur les marchés asiatiques cette semaine, l’activité a été plutôt terne, rapporte Reuters. Des producteurs dans la ceinture caféière des Central Highlands au Vietnam ont vendu leur kilo de grains verts entre 38 800 dongs et 40 700 dongs le kilo ($ 1,71-1,80) en baisse par rapport aux 39 300-41 000 dongs la semaine dernière. A l’export, les traders ont proposé le Grade 2, 5% brisures et grains noirs, avec une décote de $ 250 à $ 270 la tonne par rapport au contrat mai, en baisse par rapport aux $ 240-250 la semaine dernière.

Notons que les exportations de café vietnamien ont fait un bond de 57,6% en décembre par rapport à novembre, au fur et à mesure que la récolte montait en puissance, selon les statistiques douanières nationales. En définitive, le n°1 mondial du Robusta a exporté 1,56 Mt de café en 2021, en baisse de 0,2% sur 2020.

Quant à l’Indonésie, où il reste de moins en moins de café (Robusta), du café dans la province de Lampung a été vendu cette semaine avec une décote allant de $ 125 à $ 250 la tonne pour être expédié en février ; la semaine dernière, la décote variait entre $ 170 et $ 250. A noter que les volumes exportés de Robusta du Lampung ont doublé (+103,5%) en décembre par rapport à décembre 2020, à 32 992 t, selon les données douanières nationales.

Revenons, pour terminer, sur le rapport de l’Organisation internationale du café (OIC) qui a révisé à la baisse de 420 000 sacs, à 167,24 Ms, ses estimations de consommation mondiale de café sur la dernière campagne 2020/21, ce qui résulte en un excédent de 2,41 Ms au lieu des 1,97 Ms estimé précédemment. Sur les deux premiers mois de la campagne actuelle 2021/22, les exportations d’Amérique centrale (surtout du Guatemala et du Honduras) auraient bondi de 30% à 940 000 sacs et de 22% d’Asie (d’Inde surtout) à 6,21 Ms. En revanche, les expéditions du Brésil ont chuté de 31% à 6,36 Ms.


http://www.commodafrica.com/21-01-2022-la-chronique-matieres-premieres-agricoles-au-20-janvier-2022